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Pas à pas, au coeur de l'expérience.

À la première on peut donner le nom d’authenticité, de réel ou de congruence. Plus le thérapeute est lui-même dans la relation, sans masque professionnel ni façade personnelle, plus il est probable que le client changera et grandira de manière constructive. Cela signifie que le thérapeute « est » ouvertement les sentiments et les attitudes qui circulent en lui au moment présent. C'est le terme transparent qui fait le mieux saisir la saveur de cette condition : le thérapeute se fait transparent pour le client. Le client peut complètement voir ce qu'est le thérapeute dans la relation ; il n'y a en lui aucune réserve que le client puisse ressentir. Par ailleurs le thérapeute prend conscience de l'expérience intérieure qu'il est en train de faire. Il peut la vivre dans la relation et la communiquer s'il le juge opportun. Il y a donc une grande similarité, ou congruence, entre ce qui est ressenti au niveau viscéral, ce qui est présent à la conscience, et ce qui est manifesté au client.

La seconde attitude qui est essentielle à la création d'un climat de changement est l’acceptation, l’attention, l’estime – ce que j’ai appelé le regard positif inconditionnel. Lorsque le thérapeute éprouve une attitude positive et d'acceptation face à tout ce que le client est en ce moment, peu importe ce qu'il est à ce moment-là, il est vraissemblable qu'un mouvement ou changement thérapeutique se produira. Le thérapeute est désireux que le client soit le sentiment immédiat qu'il éprouve au moment même, quel que soit ce sentiment : confusion, ressentiment, crainte, colère, amour ou orgueil. Cette attention de la part du thérapeute n'est pas possessive. L'estime qu'il a pour son client est plutôt totale que conditionnelle.

Le troisième aspect facilitateur de la relation est la compréhension empathique. Cela signifie que le thérapeute ressent avec justesse les sentiments et les significations de ce dont le client est en train de faire l'expérience. Cela signifie aussi que le thérapeute lui communique cette compréhension. Quand il est au mieux de son fonctionnement, le thérapeute est tellement à l'intérieur du monde de l'autre que non seulement il peut clarifier les significations de ce dont le client a pris conscience mais aussi de celles qui se situent juste au dessous du niveau de la prise de conscience. Ce type d'écoute sensible et actif est extrêmement rare dans nos vies. Nous pensons écouter mais notre écoute est rarement assortie d'une compréhension réelle, d'une véritable empathie. Pourtant une écoute de ce type très particulier est l'une des plus puissantes forces de changement que je connaisse. Comment le climat que je viens de décrire peut-il être facteur de changement ? Brièvement je dirai que lorsque les personnes sont acceptées et estimées, elles ont tendance à être davantage bienveillantes vis-à-vis d'elles-mêmes. Lorsque les personnes sont entendues avec empathie elles peuvent écouter avec plus de justesse le flot de leurs experiencings (2) internes. Dans la mesure où une personne comprend et estime son propre soi, le soi devient plus congruent avec les experiencings. La personne devient plus réelle, plus authentique. Ces tendances, réciproques des attitudes du thérapeute, permettent à la personne d'être un acteur encore plus efficace dans l'accomplissement de son propre développement. A être vraie et totalement elle-même la personne jouit d'une plus grande liberté. (Rogers,1962)

L’Approche Centrée sur la Personne (ACP) en quelques mots.

Le parcours de Carl Rogers est assez atypique, comme nous le verrons dans un instant, mais ce qui le différencie grandement d’autres grands psychologues ou psychiatres influents, c’est que dès le début de sa carrière de psychologue, il s’est intéressé à ce qui pourrait favoriser le développement positif d’une personne, et son regard s’est particulièrement porté sur la personne du thérapeute. Ainsi dès les années 40, il a cherché à découvrir comment il pouvait parvenir à créer une relation que la personne puisse utiliser au développement de sa personnalité. Lorsqu’on parle de l’ACP, 3 conditions sont communément citées pour résumer les qualités dont doit faire preuve le thérapeute : il s’agit de l’empathie, du regard positif inconditionnel, et de la congruence (à comprendre dans le sens de l’authenticité du thérapeute). Rogers pensait que chaque personne a en elle la capacité de se comprendre, d’avancer et de savoir intuitivement ce qui est important pour elle. Comme d’autres, Rogers refuse les conceptions voulant réduire l’être humain à un déterminisme en fonction de ses expériences douloureuses du passé. D’ailleurs dans l’appellation même de son approche, l’ACP, on perçoit la conception que Rogers a de l’être humain : il utilise dans un premier temps le terme « centré sur le client », ou « centré sur l’étudiant » dans le cadre de l’université, pour finalement employer « centré sur la personne ». Il y a là une nette volonté de donner la place à la personne, à son autonomie, en refusant la réduction qu’impliquent les termes tels que « patient » ou « malade ».

Au cours de sa vie, Carl Rogers a écrit 16 ouvrages et plus de 200 articles. Toute sa vie il a lutté contre les dogmatismes et les rigidités théoriques et pratiques. Parmi ses importantes contributions, on peut noter le « counselling », les groupes de rencontres, les grands séminaires (workshops) de communication personnelle (interpersonnelle). Il s’est montré également un précurseur en ce qui concerne les modalités fines d’évaluation et des processus de formation favorisant l’autonomie et la progression personnelle. Dans le domaine de la recherche, sa voie non directive a également permis de nouveaux développements (enquêtes). Et pour terminer une petite quote (Rogers, 1961): « Life, at its best, is a flowing, changing process in which nothing is fixed. » (« La vie à son meilleur est un processus fluide et changeant dans lequel rien n’est fixé. »).